Poursuivant nos voyages littéraires, le samedi 2 février, nous vous avons emmenés sur le continent asiatique à la découverte d'une littérature très dépaysante venue du Chine, du Japon, de Corée, d'Inde et du Viêt-Nam.
                  Voici la synthèse de nos propositions:

 
 CHINE   

     


 Une ville à soi   CHI Li     

            L'auteure née en 1957, a vécu avec ses parents la révolution culturelle qui les a exilés dans un village pour y cultiver la terre. Ses romans connaissent un très grand succès en Chine car ils évoquent la vie de tous les jours et les problèmes rencontrés par les gens ordinaires.

            Ce roman est une histoire d'amitié, légèrement ambiguë entre deux femmes : Mijie, une veuve d'un certain âge, propriétaire d'une échoppe prospère de cirage de chaussures, et Fengchum, une jeune femme d'un milieu aisé, mal mariée. Cette dernière, malgré la honte sociale, se fait embaucher comme humble cireuse dans l'espoir de briser l'indifférence de son mari. Au fil des semaines, l'amitié se noue entre les deux femmes, puis une dispute éclate entre elles, qui ne les laissera pas indemnes.

           Ce livre est un témoignage de l'évolution des relations entre habitants d'une même cité et sur les modes des vie bouleversés par les valeurs nouvelles du capitalisme.

 
 
 
                   

                                  Un Paradis        SHENG  Kei

    Ce "paradis" est une clinique illégale pour mères porteuses. Les femmes en situation précaire y sont encadrées par des hommes cruels qui abusent de leurs pouvoirs. Elles perdent leur identité, ne portent plus qu'un numéro et s'appellent entre elles par des noms de fruits, comme autrefois les concubines de l'empereur. Les naissances sont gérées selon un système capitaliste : on parle de productivité, de gestion du stock, de profits... Cette clinique est un véritable centre de détention d'où les femmes ne peuvent sortir avant qu'on ait livré le bébé aux commanditaires.

    La narratrice appelée Pêche par les autres femmes, est une jeune fille attardée mentale, muette, enceinte à la suite d'un viol. Personne n'y prêtant attention, elle va et vient librement et assiste à des scènes qu'elle ne devrait pas voir. C'est donc elle qui décrit la vie quotidienne dans l'établissement et sa naïveté de demeurée atténue la cruauté des faits et comportements. Images du présent et du passé se succèdent dans son esprit et dans sa narration.

      Ce roman est une critique de la société chinoise contemporaine.
      A noter que le texte est agrémenté d'aquarelles peintes par l'auteure elle-même spécialement pour l'édition française.

 

 
 
 
 JAPON
 
                         

Le restaurant de l'amour retrouvé   OGAWA Ito

   
  Un jour, en rentrant de son travail, l'héroïne, Rinco, découvre que son petit ami indien est parti après avoir vidé l'appartement. Elle décide alors de repartir dans son village natal, auprès de sa mère qui l'oblige à s'occuper d'Hermès, une truie apprivoisée.
      Plus tard, Rinco réalise son rêve en ouvrant un restaurant, l'Escargot, où affluent peu à peu  tous les villageois. 

     Voici un conte de fées réconfortant, plein de bons sentiments, qui fait autant de bien qu'un bon repas et qui devrait plaire aux adhérents qui ont déjà aimé un autre roman de cette auteure, La papeterie Tsubaki.
                        

       Le point Zéro  Seichô MATSUMOTO

   L'action se déroule en décembre 1958, dans une province du Nord du Japon, couverte de neige. Quelques jours après son mariage arrangé par un entremetteur, le mari de Teiko disparaît. La jeune femme quitte Tokyo pour mener son enquête et découvrir non seulement où est son mari, mais aussi quel homme il est réellement, car elle ne sait rien de lui. C'est le prétexte pour l'auteur de nous faire découvrir le Japon d'après-guerre et notamment les relations entre les GI et les "panpan", ces Japonaises qui se prostituaient pour sortir de la misère.
    Luxe de détails sur les paysages et l'introspection de l'héroïne. Très dépaysant.

 
                           

  Un café maison   Keigo HIGASHINO

   Yoshitaka Mashiba annonce à sa femme Ayané qu'il la quitte puisqu'elle n'a pas respecté le contrat de mariage qui voulait qu'elle lui donne un enfant avant la fin de leur première année d'union. Mashiba a d'ailleurs une maîtresse, Hiromi, élève de sa femme, professeur de patchwork. Sous le choc,  Ayané part chez ses parents et pendant son absence, Hiromi retrouve Mashiba mort, après avoir absorbé un café empoisonné à l'arsenic. L'inspecteur Kusanagi mène l'enquête avec l'aide du professeur de physique Yukawa.
      Pas de violence dans ce roman, mais une politesse, une délicatesse toutes japonaises, et une résolution de l'énigme assez bluffante.


 

COREE

   Princesse Bari   Hwang Sokj-Yong


   Ce roman est la réinterprétation d'un conte traditionnel où un couple royal désespéré d'avoir six filles, décide d'abandonner la septième à sa naissance. Le même "problème" se pose dans une famille nord-coréenne : la septième fille est abandonnée par la mère, mais sauvée par la chienne de la maison. La grand-mère décide de l'élever et l'appelle Bari, l'abandonnée.
    D'innombrable épreuves attendent Bari et sa famille dont l'épouvantable famine des années 94-98 en Corée, la survie en forêt, la fuite en bateau, l'exil à Londres.
     Ce roman bouleversant est d'une brûlante actualité.

 
 VIET NAM

         Terre des oublis   Duong Thu Huong

    Nous sommes au Viêt Nam, que des années de guerre ont détruit, laissant une population libérée de l'occupant occidental, mais exsangue.
       L'héroïne de ce roman, Miên, s'est d'abord mariée avec Bon qui est déclaré mort au combat. Peu après, Miên refait sa vie avec Hoan, un riche propriétaire terrien. Or, 14 ans plus tard, Bon réapparaît et exige de récupérer son épouse. Miên devra choisir.
       A travers l'histoire de ces trois personnages, l'auteure nous brosse le portrait de son pays marqué par la guerre et les traditions ancestrales.
        Un roman enivrant et totalement dépaysant.

 
 INDE

      Compartiment pour dames   Anita NAIR

     L'héroïne Akhila, 45 ans, est toujours célibataire car, à la mort de son père, elle s'est sacrifiée pour élever sa fratrie. Puis, un jour, sur un coup de tête, mue par une envie de liberté, elle décide de partir en train, seule, dans le sud de l'Inde.
       Dans le compartiment réservé aux femmes, elle fait la connaissance de quatre autres voyageuses avec lesquelles se noue un lien. Chacune raconte sa vie, ce qui nous entraîne au coeur de l'Inde et de ses traditions où la condition de la femme est peu enviable. Les confidences de ces femmes sur leur destinée, vont nourrir la réflexion d'Akhila sur la sienne propre.
         Un très beau roman.

 

                     De nombreux autres ouvrages sont disponibles en exposition sur le présentoir de l'accueil.
                     Les ouvrages d'auteurs africains présentés le 12 janvier, sont toujours disponibles, sur le présentoir métallique.
 

 

 

                                              Tout s'effondre     Chinua Acgheb
Chinua Achebe, né au Nigeria, est le premier auteur africain à avoir raconté la colonisation selon le point de vue des autochtones. Dans ce roman qui se situe dans la deuxième moitié du XIXème siècle, le héros Okonkwo, un sage respecté de tous, mène une vie de cultivateur, réglée selon des traditions ancestrales. Lors d'une cérémonie de funérailles, il tue sans le vouloir le fils du défunt et est condamné à sept ans d'exil. Outre le déshonneur, il doit affronter l'arrivée de missionnaires blancs qui évangélisent une partie de plus en plus importante de la population. Okonkwo perd tous ses repères culturels et assiste, impuissant, à l'effondrement de son monde. Dans une langue simple, l'auteur nous fait découvrir le quotidien de son peuple avant la venue des Occidentaux et le traumatisme que ces derniers ont provoqué.



            Sous les branches de l'udala   Chinelo Okparanta
L'auteure née au Nigeria, nous replonge en 1968, lors de la guerre avec le Biafra, état sécessionniste de ce pays. Nous vivons le quotidien du conflit à travers Ijeoma, douze ans, qui appartient à la classe moyenne chrétienne. La mort de son père, la séparation d'avec sa mère qui la confie à un couple d'amis, la découverte de son homosexualité dans un pays traditionnaliste où l'homophobie est la règle, jalonnent le récit. Devenue adulte, l'héroïne tente de rentrer dans le rang et de mener une vie "normale", mais au fil des années, elle décidera d'assumer sa véritable nature. Voilà un très beau roman,à la lecture fluide, plein d'humanité et de délicatesse.


                La Belle de Casa  In Koli Jean Bofane              
Né dans l'ex-Congo belge, l'auteur s'est fixé définitivement à Bruxelles pour des raisons politiques : il faut dire que son style est féroce. La trame de son roman suit deux fils rouges : d'une part le Chergui, vent venu du Sahara, qui stagne au-dessus de Casablanca et agit sur les nerfs des habitants; d'autre part Ichrak, jeune femme dont le cadavre est découvert dès la première page. Sa beauté a fait tourner bien des têtes, donc les suspects ne manquent pas dans ce quartier populaire de Casa : policiers véreux, petites frappes, riches promoteurs immobiliers, migrants arrivés d'Afrique noire, parmi lesquels Sese, un jeune Congolais, qui exploite sur internet la naïveté de femmes occidentales esseulées... Dans un style brillant, l'auteur nous fait vivre ce microcosme haut en couleurs.
 
               Photo de groupe au bord du fleuve    Emmanuel Dongala
Originaire du Congo, Emmanuel Dongala nous conte l'histoire de quinze femmes qui se retrouvent chaque matin au bord d'un fleuve pour y casser des cailloux qu'elles vendent ensuite à des sociétés de travaux publics. Un jour, estimant que leur travail n'est pas assez payé, elles se révoltent et décident d'augmenter le prix du sac. Dans un pays, voire un continent, où il n'est pas bon d'être femme, cette décision est le point de départ d'une lutte au sein d'une société corrompue et encore pétrie de pensées archaïques. 
Ce roman magnifique est un bel hommage rendu au courage des femmes africaines.






                   Les cigognes sont immortelles   Alain Mabanckou
L'originalité de cet auteur franco-congolais est d'adapter à la langue française les caractéristiques du parler africain. Dans ce roman, Michel, treize ans, vit avec ses parents, Papa Roger, employé dans un hôtel, et Maman Pauline, marchande de bananes. C'est un rêveur invétéré qui perd régulièrement l'argent des courses. Nous allons vivre avec lui les trois jours qui suivent l'assassinat du camarade président Marien Ngouabi, chef de la révolution socialiste congolaise. En adoptant la fraîcheur, la spontanéité de l'adolescent, l'auteur nous raconte avec naïveté et humour, le quotidien d'une famille congolaise confrontée à la corruption, l'anarchie politique, le tribalisme, l'influence de l'ancien colonisateur.



                       Frère d'âme   David Diop
Auteur franco-sénégalais bouleversé par les lettres de Poilus qu'il avait lues, l'auteur imagine le destin de deux tirailleurs sénégalais, originaires du même village, amis d'enfance et plongés dans l'enfer de la Première Guerre Mondiale. Lors d'un assaut, Mademba Diop est blessé à mort près de son frère d'âme, Alfa Ndiaye, qui ne se résout pas à l'achever malgré ses supplications. Traumatisé, Alfa bascule dans la folie et la sauvagerie que l'Etat français instrumentalisait avec ses soldats africains. Envoyé à l'arrière, dans un hôpital, il se confie à un médecin à travers des dessins, puisqu'il ne parle que son dialecte, le wolof, une manière pour le lecteur de découvrir le vécu des héros dans leur Afrique natale.
                                            Ce roman a reçu le prix Goncourt des lycéens.

                                        Cette liste n'est pas exhaustive et vous trouverez dans nos rayons d'autres ouvrages de ces auteurs.
                                       Mais, pour terminer ce voyage littéraire en Afrique, nous ne pouvions passer sous silence le dernier livre de Laurent Gaudé, Salina, où ce grand auteur français, une                                                 nouvelle fois, a su se fondre parfaitement dans l'âme africaine.
    Ce magnifique récit nous transporte dans l'Afrique saharienne.
    L'héroïne, Salina, marquée par le destin dès sa naissance, et couverte de cicatrices tout au long de sa vie, meurt. Il revient alors à son fils de raconter son histoire à un "passeur d'âmes" et de voir ainsi si elle est digne d'accoster sur l'île des morts pour y connaître le repos éternel.
    Ce conte africain, digne des plus belles tragédies grecques, fait la part belle à une femme puissante et sauvage, qui prit l'amour pour un dû et la vengeance pour une raison de vivre. 



      Bonne lecture à tous.